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  • Corinne Théret

Thibault FRANC 'Armer Van Gogh' - Arles


Une résidence de l'artiste à l'espace Van Gogh - 23 novembre - 3 décembre 2017

Un plaisir renouvelé que de voir le travail de Thibault que j'ai rencontré il y a maintenant 3 ans et dont la créativité et le talent me ravissent.

Cette résidence d’artiste de la Ville d’Arles à l’espace Van Gogh lui permet de fournir des armes au défunt peintre hollandais. «Pour moi, Van Gogh incarne la vulnérabilité et la persécution. Du coup, j’ai eu envie de lui apprendre le self-defense.» C’est une véritable armurerie inspirée des toiles et de l’univers du peintre hollandais que Thibault va fournir à Vincent : boucliers de pots de peintures, lames de fleurs, lances d’iris, autant d’armes poétiques que les hippies des années 70 n’auraient pas reniées

Par ses peintures, ses sculptures, ses vidéos, Thibault Franc cherche à ensauvager la culture, à la rendre à la fois plus drôle et plus inquiétante.

Véritable indien dans la ville, il amène avec lui cette part étrange, ces masques, cette proximité colorée avec les plantes, les bêtes, les barbares, où le trop-plein de connaissance devient intuition, et où les objets de civilisation peuvent se mêler pour acquérir de nouvelles propriétés... Face à des oeuvres complexes, brutales, douces et simplettes, nous nous sentons soudain rajeunis, ranimés, secoués par les sèves et le vent qui se lève.

Une vidéo réalisée dans le cadre de cette résidence

La figure arlésienne de Van Gogh reste pour moi celle de la vulnérabilité et de la persécution. Du courage aussi, celui d’un moine combattant, mais souvent démuni face à l’adversité, les pressions, la violence sociale, les jets de pierres des voyous ou les farces mauvaises des enfants. En tant qu’artiste, je me suis beaucoup intéressé aux techniques de survie et à la culture guerrière. Il peut paraître étrange de faire participer Van Gogh à ce type d’univers. Pourtant le sang, les armes, les disputes, les luttes, la violence sont présentes dans son environnement : rivalités, progressisme, revendications sociales, victoire imminente des artistes, oreille tranchée, lames aiguisées, rasoir ou sabre de Gauguin fier de son escrime, balle de revolver peut-être tirée par de jeunes tortionnaires déguisés en cow-boys. Par le passé, je me suis intéressé à faire revenir à Arles le fantôme du peintre pour en exorciser la souffrance, lui faire prendre des vacances ou en exprimer la dimension refoulée. Aujourd’hui, je voudrais protéger plus directement Vincent, lui enseigner les arts martiaux, lui montrer comment confectionner piques et blindage, tracer autour de lui un cercle inviolable, investiguer les armes dont disposent les artistes pour se défendre ou conquérir de nouveaux territoires. Il y a les livres, les papiers, les toiles ; aussi pinceaux, palettes, tubes, chevalets ; il y a les fleurs, iris, tournesols, amandiers ; il y a enfin toutes les formes de son environnement, que l’artiste pouvait convoquer : flammes pointues des cyprès, arêtes aigües des clochers, disques solaires et tourbillons célestes. Ainsi pourrait se constituer durant la résidence à l’Espace Van Gogh une forme d’armurerie, de quoi équiper le peintre sur le chemin, de pied en cap : arcs, lances, massues, boucliers, casques, armures de plates, masques terrifiants à l’image des guerriers d’un Japon fantasmé. Et lui apprendre à respirer, à plier pour ne pas rompre, à propulser. Peintre prédicateur, pacifiste exalté, presqu’incapable de manger un seul morceau de viande, Van Gogh était pourtant issu d’une famille de marchands d’ar(t)mes. Il est venu à Arles, aux Armes à une lettre près, où des gladiateurs continuent à s’entraîner dans les arènes. Il aurait pu ainsi bénéficier d’un meilleur régime alimentaire, d’un meilleur rapport au corps, et de l’art de la guerre. Donner en somme des cours de self-défense au suicidé de la société, trop tard et à rebours, pour mieux prendre conscience de la force de l’art. Thibault Franc, le 23 juillet 2017


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